Retour au billet

Ce roman est mon grand regret de cette sélection car je suis passé à côté. La rencontre ne s'est pas faite et je m'y suis ennuyé. Cependant je pense essayer de m'y remettre dans quelques temps car il fait partie de ceux que je me faisait une joie de découvrir. Sans doute l'ayant lu après Les Neiges du Temps il aura subi mon désarroi et ma frustration.

Cœurdechene

Avec ce titre, cela a été encore une surprenante découverte !
Tatania Arfel nous embarque pour un étrange voyage. On pourrait comparer cette histoire à un triptyque baroque, une peinture en trois volets. Trois personnages principaux sur qui l'auteur porte le projecteur à des moments divers de leur vie. Les trois narrations se déroulent à un rythme lent introspectif sans pour autant être ennuyeux, rébarbatif. Ce voyage intérieur va toujours de l'avant, dans une progression toujours accrocheuse. Rien ne nous fait perdre leur fil. Ces fils de vie se croisent, se décroisent, plongent dans les vies dévastées. Ils appréhendent comme ils peuvent ce monde qui les entoure. De la difficulté d'évoluer parmi les autres, cela parle à beaucoup.
Entre envolées poétiques et relation d'une réalité d'une insensibilité parfois violente, les écueils pouvaient être nombreux. L'auteur a su naviguer avec une étonnante facilité. Peut être son métier de psychologue l'a aidé, porté. Par moments, on lirait bien quelques longueurs dans les récits du clown ou de Mlle B mais n'est ce pas le propre de tous de s'alanguir un peu quand on se penche sur son sort ? J'ai tout particulièrement apprécié les passages concernant le môme. Sa découverte des couleurs avant même les mots, sa capacité à s'en sortir tout seul, sa façon à lui de s'exprimer par le biais de la peinture. C'est très riche et extrêmement bien rendu. Je ne parle pas non plus des mots de Mlle B, en un subtil camaïeu de gris, pour nous pointer toute la tristesse du monde. Ce travail d'écriture laisse pantois. Publié chez José Corti Éditions, ce qui ne gâche rien, voici un premier roman pour le moins remarquable.

Dédale

Il est toujours plus difficile de trouver les mots quand on ressort d'une lecture totalement ébranlée et sous le charme, mais il est vrai que ce premier roman est absolument époustouflant. Il y a d'abord cette maitrise du/des style(s). Tatiana Arfel parvient à créer trois voix totalement distinctes sans que l'on puisse réellement définir à quoi cela tient. Rien d'artificiel dans l'écriture mais l'impression tenace d'avoir à faire à trois réels narrateurs différents. Et puis l'histoire, les histoires… Giacomo, Mademoiselle B, et l'histoire du môme bien sûr, qui prend immédiatement aux tripes. Tatiana Arfel explore les tréfonds de l'âme humaine et compose une peinture d'une grande justesse. Enfin, cette façon de jouer avec la chronologie et les points de vue, ces scènes qui se répètent et qui ne sont pourtant jamais vraiment les mêmes, font de L'attente du soir un roman surprenant et envoûtant. Une seule interrogation persiste à la fin de ma lecture : pourquoi avoir choisi pour la première de couverture une illustration avec une dominante de violet, « qui n'est pas une gentille couleur » ? Il y avait pourtant tant de possibilité dans la peinture de Chagall...

Laurence

Ce premier roman m’a envoûtée par son côté inattendu, ample et ambitieux. J’ai été séduite par le talent choral de l’auteur et par le ton qui anime ce récit: l’esprit du conte. Etrange parti pris dans un livre qui montre que la vie n’est pas un conte de fées ! C’est à la fois un roman d'apprentissage, un conte fantastique, une fable baroque mettant en scène trois personnages remarquablement incarnés et extrêmement attachants. On se laisse totalement envoûter, porter par ces trois voix puissantes, qui appréhendent comme elles le peuvent le monde qui les entoure. Unies dans une même espérance et une même désespérance, elles nous laissent entendre, dans une langue envoûtante et subtile, leur marginalité et leur solitude. C'est finalement dans la question des liens de la chair, que démêlera le roman, que tout se joue et s’explique. Arfel a su construire un univers riche, à la fois sombre et lumineux. Elle a su jouer habilement avec les codes du récit et la forme, mouvante, est étonnante. La langue est remarquable et le texte minutieux, soutenu, force parfois à la lecture à voix haute. En dépit de quelques longueurs et maladresses, et d’un côté parfois trop prévisible, ce roman est un petit bijou.

Sandrine

Ce roman à trois voix est une belle réussite. Le milieu du cirque, décrit ici à travers Giacomo, est un monde que je trouve toujours fascinant, et c'est une porte d'entrée souvent judicieuse dans les fictions. Ici, le personnage de la trapéziste m'a irrémédiablement fait penser à celle qu'on rencontre dans Les ailes du désir, le merveilleux film de Wim Wenders.
Ce qui m'a également plu dans ce roman, c'est que la construction à trois voix, qui reviennent d'abord régulièrement puis de façon moins attendue, se dénoue de manière tout à fait naturelle. Il n'y a pas d'artifices pour inventer une issue qui pourrait peu crédible, mais des indices, distillés ici et là, qui font que le lecteur n'est pas surpris par ce qui arrive au cours de l'intrigue. A cette construction intelligente s'ajoute également une plume élégante, qui tient le lecteur en éveil pendant tout l'ouvrage.
Mon ouvrage préféré de cette sélection 2010 !

Yohan

Ces critiques ont été mises en ligne le 30/05/10 après l'annonce des résultats du Prix Biblioblog 2010 - Retour au billet