La grammaire est une chanson douce - Erik Orsenna
Par Laurence le jeudi 29 septembre 2005, 08h28 - Littérature jeunesse - Lien permanent
Une jeune fille de dix ans et son grand dadais de frère échouent sur une île étrange après le naufrage de leur bateau. En se réveillant, ils découvrent qu’ils ne peuvent plus parler. Monsieur Henri, habitant de l’île, va leur servir de guide en les aidant à retrouver et redécouvrir les mots. Il va même jusqu’à parier avec eux qu’ils finiront par aimer la grammaire.
Avec ce conte, Erik Orsenna nous offre un véritable bijou. Tous les amoureux des mots rêveraient d’atterrir sur cette île. Il y a tous d’abord le marché aux mots avec ses vendeurs de mots d’amours, d’insultes ou de rimes ou encore la vieille dame qui ressuscite les mots oubliés. Et puis merveille des merveilles, un village où les mots vivent en liberté ; et enfin, l’usine où l’on apaise les mots en les déposant sur du papier pour en faire des phrases. Et tout à coup, avec la jeune héroïne, on se met à aimer la grammaire, les accords et les conjugaisons.
Ce livre est à raconter à tous les collégiens fâchés avec l’orthographe. C’est un calumet de paix à savourer avec délice. Les plus grands apprécieront, comme moi, la critique acerbe des programmes de l’éducation nationale. Quel prof n’a pas pesté en devant enseigner à ses élèves les terminologies « discours coupé/ancré de la situation d’énonciation » ?
Cet été, j’avais découvert avec plaisir Dernières nouvelles des oiseaux, et Anne m’avait dit qu’il était moins réussi que les deux précédents. Après avoir lu “La grammaire est une chanson douce”, je la comprends enfin : ce livre est une véritable gourmandise.
Du même auteur : Les chevaliers du subjonctif, Dernières nouvelles des oiseaux, Voyage au pays du coton et L'avenir de l'eau
Extrait :
– Vous avez compris son travail? nous chuchota Monsieur Henri. Elle redonne vie aux mots rares. Sans elle, ils disparaîtraient à jamais dans l'oubli.
Nous sommes restés longtemps dans le petit jardin, fascinés par le spectacle de ces résurrections. Qu'est-ce qu'un «éclateur» ? Un appareil composé de deux pièces métalliques entre lesquelles jaillirent des étincelles. Qu'est-ce qu'un «écrivain» ? Une sorte d'insecte coléoptère. Il se posa sur une longue feuille d'acanthe et, pris d'une faim soudaine, y découpa des trous en forme de lettres...
Oh, la joie de ces mots sortis de l'oubli. Ils s'étiraient, ils s'ébrouaient, certains n'avaient pas dû voir le grand air depuis des siècles.
Qu'est-ce qu'un «livre éléphantin» ? Un livre aux pages d'ivoire. Que sont des « embrassoires » ? Des tenailles utilisées par le verrier pour saisir les pots où l'on fond le verre.
La nuit tombait. Sur la pointe des pieds, nous avons quitté notre vieille amie.
Chère nommeuse! (Monsieur Henri avait les yeux attendris d'un enfant parlant de sa maman.) Puisse-t-elle vivre mille ans ! Nous avons tant besoin d'elle!

Éditions Le Livre de Poche – 151 pages


Commentaires
Ça semble être un livre fantastique! Je le note! J'aime beaucoup l'univers que l'auteur semble avoir créé!
jai besoin daide
Je l ai lu il y a un petit moment déjà. J avais adoré sa façon de mettre en scène la langue française et ses complexités...
j'aime beaucoup Erik Orsenna car mon professeur de français me l'a fait étudier et j'ai appris beaucoup de chose et sa ma fait en plus aimer la grammaire et ces mots auquels je n'avais presque jamais fais attention auparavant ..... -_-
Ce livre est tout simplement un petit bijou. A lire absolument!