Le monde selon Garp - John Irving
Par Catherine le dimanche 28 octobre 2007, 07h38 - Littérature anglo-saxonne - Lien permanent
Jenny Fields veut un enfant seule, sans mari. Jenny Fiels aura un enfant seule. Elle le baptisera du nom absurde de S.T. Garp et non ! les initiales ne veulent rien dire. Venait de naître le grand classique de toute une génération et la grande carrière de John Irving.
Ce classique raconte l’histoire à la fois banale et incroyable de S.T. Garp dans une période des Etats-Unis particulièrement marquée par le réveil du féminisme représenté ici par sa mère, Jenny Fields. Le livre suit l’histoire de Garp obstiné à devenir écrivain, de sa mère, de sa femme Helen, de ses enfants Duncan, Walt et Jenny, de ses amis Charlotte, Roberta Muldoon, John Wolf et les Fletcher. L’histoire nous est livrée un peu comme le ferait un biographe, en montrant jusqu’à quel point tout est dans tout et que l’accumulation de gestes insignifiants peut toujours faire basculer la vie au moment où on s’y attend le moins. C’est à la fois une réflexion sur la littérature, les relations de genre, les Etats-Unis, les relations intergénérationnelles et le poids du destin.
Le monde selon Garp est un tel classique et une œuvre tellement touffue qu’il me semble difficile d’en faire un commentaire. J’ai accroché à la page 96, vraiment embarqué dans le récit à la page 200. C’est vraiment une œuvre intelligente, finement ficelée, tout se tient, rien n’est incohérent, mais c’est tout de même parfois un peu long. Je crois que j’ai de plus en plus de mal avec le roman qui foisonne de détails, et celui-ci en déborde de tous les côtés.
Mais au-delà de mes petites réserves bien inutiles, le profil psychologique des personnages est tellement précis, cohérent et intelligent que tous les épisodes s’emboîtent les uns dans les autres par un mécanisme invisible mais parfaitement maîtrisé. Attachantes aussi, toutes ces nombreuses personnalités. La relation entre Garp et Helen m’a particulièrement touchée, une relation d’une grande complicité, mais aussi d’un immense respect et d’une écoute incroyable, et ce malgré les faux pas qui auraient pu être si banals mais finissent par avoir des conséquences tellement dramatiques.
Un livre fait à la fois de lumière et d’horreur. Comme la vie je suppose. Un livre de vie, je crois que c’est de ça dont il s’agit.
Et comment choisir un extrait… ouf ! J’ai choisi celui-ci pour le ton, au cas où je ne serais pas la dernière au monde à lire ce roman et à découvrir son humour unique !
Par Catherine
Extrait :
Dans les pages jaunes de l’annuaire téléphonique de Garp, «Mariages» figurait non loin de «Menuisiers». Avant «Menuisiers» venaient «Machines», «Maisons de vente par correspondance» et, enfin, «Mariages et conseillers matrimoniaux». Garp cherchait «Menuisiers» quand il tomba sur «Mariages» ; il avait un problème d’étagères et voulait téléphoner pour se documenter, lorsque le mot «Mariages» accrocha son regard, suscitant aussitôt d’autres questions, plus intéressantes et plus troublantes. Garp ne se serait jamais douté, par exemple, qu’il y avait davantage de conseillers matrimoniaux que de menuisiers. Mais tout dépend sans doute de l’endroit où l’on vit. À la campagne, les gens s’intéressent peut-être davantage aux planches.
Garp était marié depuis bientôt onze ans ; pendant cette période, il n’avait jamais eu besoin de planches, et encore moins de conseils. Ce n’était pas à cause de problèmes personnels que Garp s’intéressait à la longue liste de noms dans les pages jaunes de l’annuaire ; c’était parce que Garp passait un temps considérable à essayer d’imaginer ce qu’il éprouverait s’il avait un emploi.

Éditions Points - 678 pages


Commentaires
Ma meilleure amie est fan de John Irving, malheureusement elle n'a jamais réussi à me contaminer
J'ai lu ce livre l'été dernier. C'est vrai que ça foisonne de détails, moi j'ai beaucoup aimé ^^ J'ai lu aussi l'hôtel New Hampshire, encore l'histoire d'une famille. Très sympa !
Merci de vos commentaires.
Stéphanie: en tout cas si tu n'es pas vendue, je garde personnellement un souvenir plus 'facile' de Une prière pour Owen.
Etrange. Autant j'ai réussi à aller au bout de "Une prière pour Owen" auant "Le monde selon Garp" m'a saoulé assez vite. Trois tentatives de Irving (je ne me souviens pas du premier) m'ont suffit. Je pense que je vais m'arrêter là. C'est grave, Docteur ??
Je ne crois pas Dda, je pense que ça ne raccourcit pas l'espérance de vie. ;o)
Oh moi je l'avais beaucoup aimé ce "Monde selon Garp", lu il y a bien longtemps, mais qui reste un très bon souvenir
Mille fois d'accord, je l'ai trouvé long et j'ai dû attendre quelques pages avant de me décider de ne pas l'abandonner, mais il est bon de le remettre dans son contexte historique pour mieux l'apprécier. J'en garde un avis mitigé.
Inconditionnelle (presque) de John Irving je comprends la réticence de certains. "Le monde selon Garp" reste, pour moi, son meilleur livre."Until I find you" a au moins 150 pages de trop.
Lu cet été, et dévoré en peu de temps, j'avais beaucoup accroché avec Le Monde selon Garp, qui reste (pour l'instant!) le seul roman d'Irving que j'ai jamais lu.
Une oeuvre pleine de psychologie,des personnages très attachants, et un héros inimitable. J'ai adoré !
lu il y a un bout de temps, j'avais adoré. Puis un mariage poids moyen, l'épopée du buveur d'eau, liberté pour les ours, l'hôtel New hampshire... Bref, j'aimais beaucoup.
L'été dernier, j'en ai pris un à la bibliothèque, "une veuve de papier" et il m'est tombé des mains. Je n'ai pas pu aller au delà de la cinquantième page. Mes goûts ont-ils changé ou l'orientation prise par l'auteur est-elle différente... Pour le savoir il faudrait que je relise un vieux Irving.
A vous lire cela donne envie de lire le monde selon Garp. Moi je n'ai lu de John Irving que "The Cider House Rules" en anglais, j'avais adoré. Je ne sais pas s'il existe une traduction de ce livre mais je pense que oui. En tous cas merci pour ses quelques lignes.
Babs
Bonne restitution de l'esprit du Monde selon Garp.
Le premier sentiment que j'ai eu en terminant le livre fut l'envie de faire des recherches sur Garp.
Irving a de merveilleux c'est que l'on se plonge tellement dans ses histoires qu'on finit par les croire réelles.
La nouvelle et le chapitre de roman glissé dedans sont merveilleux, d'ailleurs Le Monde selon Ben fait 19 Chapitres, comme le Monde selon Garp.
Il y a longtemps qu'un livre n'arrive à m'immerger à ce point dans son histoire !
Bravo Irving !!
Très belle critique! et j'en profite aussi pour dire, très bon blog qui me donne une grosse envie de m'attarder.
Le monde selon Garp a été pour moi, à ce jour, le seul bouquin qui m'ai fait rire aux éclats pendant plusieurs minutes (l'intro est d'ailleurs un monument d'humour) et qui m'ai fait pleurer à chaudes larmes. J'ai adoré ces petits détails qu'Irving distille au fil des pages afin de rendre son histoire très vivante. Et puis, cette façon qu'il a d'annoncer ce qui va arriver tout en nous surprenant quand ça arrive. C'est bluffant!
Après Garp, j'ai lu Hôtel New hampshire que j'ai bien aimé mais l'effet de surprise s'était un peu atténué.
Ensuite, est venu le tour de L'oeuvre de Dieu, la part du diable encore une fois intéressant mais j'ai franchement eu l'impression d'une répétition et je n'ai pas réussi à le terminer.
J'ai voulu faire un dernier essai avec Une prière pour Owen mais tous ces chapitres sur les différences de croyances religieuses m'ont saoûlé grave et j'ai abandonner alors que le portrait encore une fois du héros, était plus qu'attachant.
Puis on m'a offert pour mon anniversaire, "Je te retrouverai". D'une longueur excessive, Irving n'a même pas réussi à me passionner à l'univers des tatoueurs. Le portrait de cette femme ne m'a pas marqué non plus et je l'ai arrêté à la page 150 environ.
Malgré cela, je considère Irving comme l'un des plus grands écrivains qui soit. Si je devais le comparer à un réalisateur, ce serait à Jeunet. Son monde est foisonnant et très très attachant mais quand on en a vu ou lu un, on les a tous lu.
Merci Revolte pour ce long témoignage et pour vos compliments sur le blog. Attardez vous autant que vous le voulez et n'hésitez pas à commenter les autres billets.
Irwin! Les années 80 ...et la suite. Je crois que j'ai tout dévoré, avec une légère préférence pour "Une prière pour Owen". Irvin ou l'ivresse du foisonnement et de la démesure. Si je n'avais pas tant de tentations par ailleurs, il me faudrait m'y replonger.
Corrigez : Irving!!!!!