Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil - Haruki Murakami
Par Catherine le lundi 1 septembre 2008, 07h17 - Littérature asiatique - Lien permanent
Hajime a bien réussi sa vie. Il est propriétaire de deux clubs de jazz de Tokyo qui fonctionnent bien, il roule dans une belle voiture, a fait un mariage heureux avec Yukiko et a deux petites filles d'âge préscolaire dont il prend soin et qu'il aime beaucoup. Qu'adviendra-t-il de lui quand Shimamoto-San, une amie d'enfance, un premier amour, réapparaîtra dans sa vie sans s'être annoncée?
Shimamoto-San avait été une petite fille mature, même précoce, dont Hajime avait été très proche vers l'âge de 12 ans. Boiteuse suite à une polyo, à cet âge sa grande beauté ne se voyait pas encore, mais Hajime était sensible au charme des filles différentes. Après avoir perdu Shimamoto-San de vue, il aura une relation adolescente avec Izumi qu'il blessera profondément. C'est plusieurs années plus tard, après une longue période qui lui semblera comme une dérive, que Yukiko croisera sa vie et qu'il fera un mariage heureux...
Hajime a 37 ans quand Shimamoto-San réapparaît dans sa vie: belle, énigmatique et toujours aussi unique et indispensable. Comment pourra-t-il gérer cette nouvelle donne?
Voilà un livre intéressant avec des réflexions sur l'amour, mais aussi sur la nostalgie et le rapport au passé. C'est bien écrit, sans pour autant m'avoir subjuguée. Le parfum d'énigme qui entoure Shimamoto-San est le plus intéressant de cet histoire, en ce sens les 50 dernières pages sont assez prenantes. Parfum d'énigme qui ne sera d'ailleurs jamais complètement éclairci.
Une des surprises de ce livre est la découverte du Japon d'après-guerre. Pour une raison injustifiable, j'imaginais le Japon post-guerre comme étant très conservateur et puritain. Ce livre m'a permis de voir combien la jeunesse japonaise de cette époque a eu des préoccupations semblables aux jeunes occidentaux de l'époque (contestations étudiantes, liberté sexuelle, etc.). L'autre surprise, moins agréable, c'est que j'ai toujours tendance à m'imaginer l'art japonais comme plus abstrait, plus dans le non-dit. Le récit m'a parfois semblé trop appuyé et trop verbeux. La nécessité de faire dire aux personnages comment ils se sentent vraiment, bien que donnant lieu à des dialogues très riches, a alourdi ma lecture par moment. Je peux difficilement expliquer pourquoi, moi qui suis plutôt verbeuse dans la vie, j'aurais aimé plus de silences dans ce récit-ci...
Par Catherine
Extrait :
Au cours des dix jours qui suivirent la parution de l'article avec ma photo et mon nom dans le magazine Brutus, je reçus au bar la visite de plusieurs personnes que j'avais connues autrefois. D'anciens camarades de collège ou de lycée. Au début, chaque fois que j'entrais dans un magasin de presse et voyais les piles de magazines entassés, je me demandais qui pouvait bien être capable de les lire de bout en bout. Mais, comme je m'en aperçus une fois cet article sur moi paru dans Brutus, la plupart des gens lisaient les magazines avec plus d'attention que je n'aurais cru. Partout, chez le coiffeur, dans le train, à la banque, au café, les gens avaient entre les mains un périodique ouvert, dans lequel ils se plongeaient avec délectation. Ou peut-être prenaient-ils simplement ce qui leur tombait sous la main par crainte du désoeuvrement.
[...]
Après la publication de cet article, je regrettais de m'être prêté avec tant de légèreté à cet entretien sous le prétexte que cela ferait de la publicité à mes clubs. Je ne voulais surtout pas qu'Izumi tombe dessus. Comment se sentirait-elle si elle apprenait que, loin d'avoir eu à supporter la moindre souffrance, je connaissais une belle réussite?
Finalement, au bout d'un mois, les visites cessèrent. Ça, c'est le bon côté de la presse: vous devenez célèbre en un clin d'oeil, et vous êtes oublié tout aussi vite. Je me sentis enfin soulagé. Au moins, je n'avais eu aucune nouvelle d'Izumi. Apparemment, elle n'avait pas lu Brutus.
Cependant, un mois et demi après la sortie de l'article, au moment où je commençais vraiment à oublier cette histoire, je reçus une dernière visite d'amie d'enfance; Shimamoto-San.

Éditions 10/18 - 224 pages


Commentaires
Tu es la seule pour l'instant à signaler avoir apris quelque chose du Japon dans ce livre, mais ton éclairage est intéressant : les jeunes japonais de l'époque se comportaient et pensaient comme les occidentaux, tout simplement !
ce n'est pas le meilleur ouvrage de murakami, tant s'en faut...mais il est intéressant.
Pour ma part, vois-tu, tant j'aurais aimé en savoir plus sur certains aspects. Plusieurs choses sont dites, et dites clairement et d'un autre côté, il y a un grand vide. Bon, c'était probablement voulu ainsi mais ma curiosité n'est pas assouvie! Un bon moment de lecture quand même!
J'ai lu ce roman il y a quelques années (je ne sais plus quand exactement) mais le souvenir est bon. En fait, cet homme veut en quelque sorte recommencer sa vie et ce n'est peut-être par un hasard alors que Murakami l'ait appelé "Hajime" qui signifie "commencement" en japonais.
Pour le Japon d'après-guerre, je te conseille le roman d'un autre Murakami, Ryû de son prénom, qui s'est inspiré de ses souvenirs d'adolescent pour écrire "1969" (c'est la lointaine après-guerre !!). C'est un roman très intéressant car on se rend compte que les préoccupations de la jeunesse occidentale de l'époque se retrouvaient aussi ailleurs.
On dirait que plusieurs avis vont dans le même sens: bonne lecture, mais pas un grand coup de foudre.
Je note la suggestion Naina.
J'ai aimé ce titre de Murakami. Et contrairement à toi, cette écriture détaillée, ciselée m'a beaucoup plu !
Ce Murakami n'a à mon sens pas beaucoup d'intérêt. L'histoire est banale, et le ton presque mièvre, bref une grosse déception. Rien à voir avec Kafka sur le rivage, riche en imagination, mystère, humour, personnages attachants... Le jour et la nuit...
Pour moi, ce livre est un véritable chef d'oeuvre ! J'ai lu plusieurs livres d'Haruki Murakami et celui-ci est mon préféré, à la fois simple et profond. "Kafka sur le rivage" est formidable aussi, mais plus complexe, plus difficile d'accès pour les mythes orientaux et occidentaux croisés. Ce roman-là est comme une épure, avec un lien amoureux ténu et précieux à la fois. Malgré son origine lointaine, je m'en suis senti très proche.
Je suis déçu de ne pas trouver d'autres notes sur les romans de Murakami, que j'ai découvert il y a un an maintenant. Je vous conseille, dans l'ordre : Les chroniques de l'oiseau à ressort, La ballade de l'impossible et Kafka sur le rivage. Murakami est sans aucun doute l'un des auteurs contemporains les plus intéressants avec Percival Everett (je sais, ça n'a rien à voir).