That's all right mama - Bertina Henrichs
Par Laurence le jeudi 25 septembre 2008, 07h48 - Littérature francophone - Lien permanent
Rentrée littéraire 2008
J'ai découvert cette romancière grace au Prix du livre de Poche qui nous avait proposé en mars La joueuse d'échec. Bien que j'étais restée un peu sur ma fin/faim, et peut-être justement pour cela, j'ai eu envie de lire son dernier roman.
Ici, Eva, jeune femme allemande résidant à Paris, est appelée au chevet de sa mère mourante. Mais le temps d'arriver à Berlin, d'échanger quelques mots avec elle, et Lena s'éteint de façon aussi brutale qu'inattendue.
Eva se retrouve donc seule, dans cette ville qu'elle a quitté il y a des années maintenant. À paris, son nouvel amant l'attend, mais elle doit d'abord régler toutes les questions administratives et faire le tri dans les affaire de sa mère. C'est ainsi qu'elle redécouvre le visage d'une femme qu'elle croyait connaître mais qui pendant des années lui avait échapper. Léna n'était pas seulement cette veuve réservée et timide, elle était aussi une femme passionnée, et c'est avec beaucoup d'étonnement qu'Eva trouve un billet aller-retour pour Memphis, la ville du King, grand idole de sa mère.
Pour lui rendre un dernier hommage, Eva décide alors de faire ce dernier voyage et de visiter Graceland; mais le voyage va se révéler bien plus riche d'enseignements qu'elle ne l'avais imaginé au départ.
Bertina Henrichs nous invite donc à un voyage sur le thème du deuil, et pour cela nous traversons l'Atlantique avec sa protagoniste à la recherche d'un fantôme. Malheureusement, je reste décidément assez frustrée par la plume de l'auteure. Si la thématique est intéressante, le traitement qu'elle lui réserve ne m'a pas comblée. En fait, étant donné que le style de l'auteure est assez commun, presque transparent, je m'attendais à me rattraper avec l'histoire à proprement parler. Mais jai trouvé que le roman tirait en longueur, qu'il tournait en rond et j'ai trouvé la fin tout simplement convenue et facile. Je sais qu'aujourd'hui, les romans vantant l'amour des choses simples et des petits bonheurs quotidiens sont en vogue, mais l'écriture de Bertina Henrichs manque vraiment d'ampleur et de poésie pour donner de la matière à son histoire. J'ai certes voyagé aux côté d'Eva, mais un peu comme dans un train, quand le paysage défile sous nos yeux sans réellement retenir notre attention.
Lire aussi l'avis de Solenn qui, contrairement à moi, a aimé ce roman.
Du même auteur : La joueuse d'Echec
Laurence
Extrait :
La voix d'Elvis emplit l'espace. Cette voix claire, encore jeune que Lena avait aimée. Qui l'avait transportée en Amérique, comme ça, en un déhanchement, quand elle voulait faire une petite visite sans faire le voyage. Les chemises colorées, ajustées, le sourire en coin, les cheveux noirs, la banane.
Soudain, Eva vit sa père danser avec elle. Un soir de nouvel an. Elle devait avoir onze ans. C'était la première fois qu'elle lui avait permis de veiller aussi tard, de fêter le réveillon jusqu'au bout avec les grands. Tout avait tourné autour d'elle, plus vite encore plus vite. Le visage radieux de Lena par intermittence, un peu rouge, échauffé par le champagne et la musique. Ses bras forts sur lesquels le satin se tendait dangereusement et qui la faisaient virevolter.
«You can burn my house, steal my car.» Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle ne lutta plus. «Well you can do anything but don't you step my Bleu Suede Shoes.... Rock it.» Sa maman était morte.

Éditions Panama - 271 pages


Commentaires
Bonjour Laurence,
J'ai lu avec intérêt et attention ce billet d'autant que j'ai découvert avec bonheur La Joueuse d'échecs l'été dernier. J'avais aimé ce livre dont j'ai apprécié la sensiblité, la finesse de l'observation. C'est à mon avis un joli portrait de femme ; le récit touchant d'une initiation, de la découverte du monde, des autres, et surtout de soi. En revanche, je suis assez d'accord pour dire que le style de l'auteure demeure trop "transparent". Il manque à cette langue une énergie personnelle, un phrasé original, un tempo singulier. Cette neutralité de la langue peut parfois agacer et être considéré comme une possible "pauvreté". A moins qu'il ne s'agisse d'une conséquence de la traduction, art toujours délicat. Mais ce serait offenser les traducteurs que de le penser !
FB : je pourrais être d'accord avec vous, si il y avait eu traduction... Mais Bertina Henrichs écrit directement en français.
D'après la colonne de gauche, il semblerait que ce soit là ton sept-centième billet. Bravo !
Honte à moi ! Naïf que je suis... et surtout inattentif : l'action de la Joueuse d'échecs se déroulant en Grèce et l'auteure ayant un patronyme à consonance étrangère (ce que je ne saurais bien sûr lui reprocher, vu le mien !), j'ai sottement pensé que le texte avait été traduit... On ne m'y reprendra pas 2 fois, c'est promis !
Joël : oui, effectivement
mais bon, il y a tous les billets d'annonce des énigmes et quelques billets d'humeur quand même...
FB : oui, j'avais eu le même a priori en lisant la joueuse d'échec et puis je me suis rendue compte que bien qu'étant née à Francfort, elle écrivait en français.
J'avais bien aimé "la joueuse d'échecs " mais j'avais trouvé aussi qu'il manquait "un petit quelque chose" pour en faire un bon roman.
Je n'ai jamais rien lu de cette auteure... et je crois que je ne me laisserai pas vraiment tenter par celui-ci non plus!
Sylire : oui, c'est sympathique, mais pas renversant...
Karine : pour une fois que je n'allonge pas ta LAL !