Samedi soir et des poussières - Dominique Périchon
Par Laurence le jeudi 8 janvier 2009, 07h26 - Littérature française - Lien permanent
C'est une petite boite de province comme il en existe des centaines en France : un parking sordide, une enseigne lumineuse totalement kitsch, des miroirs qui recouvrent les murs, de la musique qui a vieilli. Et pourtant, c'est le seul lieu d'évasion pour Lydie et Chatte, deux jeunes adultes un peu paumées. Tandis que la seconde attire tous les regards masculins, la première semble transparente, inutile. Elle est la bonne copine qui rêve au prince charmant... Et pourtant ce soir là, le beau Marc, dans son costume tout blanc, ne voit et ne désire qu'elle.
Il aura donc suffit d'une soirée de pluie et de froid, d'un chien croisé sur la route du retour, pour que ces deux âmes perdues scellent leur union. Mais deux perdus peuvent-ils jamais faire un trouvé ?
Les années ont passé. Marc est veilleur de nuit, Lydie femme au foyer et leurs rêves sont toujours aussi étriqués.
Petite tragédie de la vie ordinaire. Voilà qui ferait un bon sous-titre à ce roman tout en finesse et poésie.
Dominique Périchon met en scène des anti-héros, des gens de tous les jours, et pourtant l'histoire qu'il nous raconte est exemplaire. Exemplaire parce que l'écriture est terriblement efficace. Avec des mots très simples, il habille son histoire d'un manteau de neige : les bruits et les drames sont étouffés, les gestes feutrés, la réalité atténuée. Et pourtant on sait bien que le drame couve, qu'il est là, attendant que les premiers rayons du soleil le découvrent. Le rayon du soleil ici, c'est une jeune femme au bord de la noyade, que Marc va sauver... Ce n'est pas une louve, au mieux une brebis égarée de plus, mais sa présence va précipiter Lydie dans une folie toute aussi douce que menaçante.
L'auteur sculpte ses personnages avec un mélange de délicatesse et de cynisme, et le résultat est très surprenant. Tout à la fois cruel et tendre, le regard de l'auteur se fait parfois impudique et nous pénétrons avec lui l'intimité de ce trio improbable mais si banal. Certaines scènes sont remarquablement bien dessinées et j'ai traversé ce récit en apnée, touchée par la candeur de Lydie, femme-enfant qui se mire dans les miroirs des salles de bains et réalise que le mari a tué le prince charmant.
Laurence
Extrait :
Lydie est une fille sans histoire. Son drame. Il n'y a que ses parents, ses voisins, ses professeurs, son hamster, son épicier, son médecin, sa copine Chatte, le petit vieux qu'elle croise tous les matins et le facteur, bref, le monde entier pour penser que c'est une qualité. Pauvre petite meute... Lydie sait bien qu'elle n'a ni début ni fin, guère plus épaisse qu'une seconde, le « tac » de l'horloge. Alors, quand deux biceps chauds la retiennent un soir au fond d'une boîte, elle tombe tête le première dans le panneau. Il y a, paraît-il, quelques garennes suicidaires qui se livrent en toute conscience aux mâchoires séduisantes du piège... Cet inconnu ne lui ressemble pas, il a la blancheur des sommets; elle, la pâleur des filles qui brûlent au premier rayon de soleil. Mais Lydie le regarde et s'y dore déjà, aussi sotte, aussi simple que dans un soap de l'après-midi. Elle a toujours trouvé que ces feuilletons d'amour qui n'en finissent pas étaient le meilleur que l'on pouvait attendre de la vie. Un peu de champagne, un homme propre, éclairés au feu de bois, et la vie est emballée au luxe. Elle tient son cadeau de Noël, son joujou made in Ailleurs.

Éditions Le Dilettante - 158 pages


Commentaires
très envie de le lire, et j'aime ce titre
Amanda : j'espère que tu cèderas à la tentation car je suis curieuse de lire tes impressions.
J'ai l'impression d'être passée complètement à côté !:)
Cathulu : Oui, ça arrive parfois. Apparemment Cuné n'a pas non plus été sensible au charme de l'écriture. Tout est histoire de goût et de sensibilité je suppose.