Or, ce dimanche-là, au moment où Elliot Morgan allait faire des révélations fâcheuses sur les habitués, la lumière s'éteint. Quand elle se rallume, le corps d'Elliot gît sur le sol de la librairie. Le coupable est forcément présent. Mais qui est l'auteur de ce crime?
Pour le flic de service, il ne peut s'agir que d'Annie elle-même. Face à l'entêtement du policier, la libraire, aidée de son ami Max, décident de mener l'enquête.

Ce récit est dans la droite lignée des romans d'énigmes (who is the murder?). L'action n'est pas à proprement parler haletante, et les protagonistes s'attachent plus à démêler les fils des heures précédant le crime. Telle Miss Marple ou Hercule Poireau, la demoiselle Laurance tente de retrouver les indices qui la mèneront au meurtrier.
Je ne suis généralement pas fan de ce type de romans, les trouvant quelque peu soporifiques, et celui-ci ne fait "presque pas" exception.
"Presque pas" car dans ce roman, ce ne sont pas n'importe quels protagonistes qui évoluent, mais des auteurs de romans policiers rodés aux différentes ficelles du genre. Du coup, les références aux grands classiques sont nombreuses, et si on les connaît un peu, on retrouve avec plaisir les différentes évocations. Et puis bien sûr, une libraire dont le nom de famille ressemble tant à mon prénom et qui propose des énigmes tous les dimanche soirs, cela ne pouvait pas me laisser de marbre. D'ailleurs, je vous laisse en extrait sa propre énigme picturale. ;) Réussirez-vous à la résoudre?

Extrait :

"Elle s'arrêta au bout de l'allée, sourcils froncés, et regarda d'un air malheureus le coin café, où se réunissaient régulièrement les Habitués du dimanche soir. Pas trop de frais, dans cette partie là : cinq tables et des chaises à dossier droit. Annie tourna ensuite son regard vers le mur est. C'était là son chef d'oeuvre, une trouvaille qui engendrait immanquablement des disputes bruyantes et parfois acerbes. En tout cas, çà attirait la clientèle, non seulement les auteurs et les lecteurs de romans policiers mais également les artistes. Tous les mois, Annie conférait avec un peintre de l'île, à qui elle fournissait des éléments lui permettant de réaliser des aquarelles bien précises. Ce travail en commun donnait lieu à des scènes tirées de célèbres romans d'énigme; l'observateur était mis au défi d'identifier le livre et l'auteur. Ce mois-ci, il y avait cinq tableaux. Sur le premier, une vieille dame aux joues roses et aux cheveux blancs se faisait renverser par une voiture qui roulait à vive allure dans une rue animée de Londres; en cet ultime instant, son visage poupin reflétait l'horreur, la peur, un terrible secret - et une étrange absence de surprise. Le deuxième tableau représentait un majordome délicieusement suranné qui levait un bras arthritique pour ouvrir les rideaux d'un salon richement décoré. Le peintre avait remarquablement rendu le regard trouble, chassieux, des yeux bleu pâle du majordome. La troisème peinture était une nature morte révélant le bric-à-brac d'un placard : deux paires de skis, une paire de rames, dix ou douze défenses d'hippopotames, du matériel de pêche, un sac de clubs de golf, une patte d'éléphant empaillée, une peau de tigre. Dans le quatrième tableau, un jeune homme appuyé sur une canne tendait d'un air dégoûté une lettre à une mince jeune femme aux cheveux clairs. Dans la dernière aquarelle, un groupe d'invités en tenue de soirée dînait autour d'une table, observant avec intérêt un homme debout, flûte de champagne à la main, qui se préparait manifestement à porter un toast.
La première personne qui chaque moi, devinait de quels ouvrages étaient tirées les scènes représentées avait droit à un livre neuf et au café gratis pendant un mois. Ce n'était guère comparable à la récompense de cinq cents livres offerte par Edgar Wallace, en 1905, pour la solution des "Quatre Justiciers". Toutefois, il était difficile de déterminer qui le concours amusait le plus : Annie ou ses clients."

meurtre en librairie
Éditions Liana Levi Piccolo - 302 pages