Elles sont trois sœurs : Sybille, la narratrice, Corinne l'aînée et Georgette la petite dernière. Elles ont entre 8 et 12 ans et vivent seules avec leur maman. Depuis qu'elles sont toutes petites, il y a un sujet tabou dans la famille : "Il", leur père; celui qui n'a pas de nom et dont on ne parle jamais. Et bien qu'elles aient réussi à subtiliser une photographie, elles n'osent pas aborder le sujet de manière frontale. Alors elles grandissent avec ce fantôme, jusqu'au jour où il réapparaîtra inopinément.

Le récit se scinde en deux parties distinctes : les deux premiers tiers sont consacrés à l'évocation des souvenirs d'enfance. Issues d'une famille d'immigrés italiens, les trois sœurs grandissent au milieu des oncles, tantes et parrains. Les épisodes narrés par Sybille sont plutôt gais et espiègles. Sylvie Testud adopte de façon plutôt réussi le langage de l'enfance et sa petite Sybille fait preuve d'une effronterie attachante.
Dans le dernier tiers, Sybille est devenue une actrice connue et reconnue. Elle est de passage à Lyon pour une dédicace et l'anniversaire de sa grand-mère, quand "Il" provoque LA rencontre.

Je dois reconnaître que le roman de Sylvie Testud se lit facilement et que l'on suit avec plaisir le parcours des trois sœurs. La dernière partie du roman est d'ailleurs bien plus intéressante que les pages consacrées à l'enfance de la narratrice. On sent toute la difficulté de nouer des liens avec ce "IL", et la scène au café est assez irrésistible. Malgré tout, comme pour Le Ciel t'aidera, je sais déjà que c'est une lecture qui ne me marquera pas outre mesure.
Je ne dois décidément pas être faite pour les autobiographies de célébrités. Il manque à ce roman un souffle, un "je ne sais quoi" qui lui permettrait d'être autre chose qu'une lecture agréable et facile.

Voir aussi les avis de Laure, Camille, Clochette et Gambadou

Du même auteur : Le Ciel t'aidera

Laurence

Extrait :

Nous avons décortiqué la photo.
« Il » vit. « Il » a des yeux. « Il » porte de vêtements. D'où viennent ces vêtements ? Ses cheveux sont en ordre. « Il » va donc chez le coiffeur ? J'ai aperçu un manteau posé en arrière-plan :
- Regardez ! « Il » a un manteau !
- S'« Il » a un manteau, c'est qu'« Il » peut sentir le froid ?
- Oui... sûrement...
- « Il » a froid !
- C'est le début de sa main !
Que disait ce début de main ? Une main qui apporterait le malheur si on la croisait.
On s'est rapprochées pour mieux voir ce début de main qui viendra cogner à la porte un de ces jours.
- « Il » la met dans sa poche tellement elle est moche !
- Peut-être qu'« Il » cherche un mouchoir ?
- Oui. « Il » veut se moucher ! Parce qu'« Il » a froid !
- « Il » se mouche ?
- Qu'as-tu vu dans le placard ?
- Photos du mariage...
- Quoi ?
- Ils souriaient en tenant un arbre... Maman... Toute la famille derrière...
- Toute la famille ? - Toi dans ses bras...
- Quel âge j'avais ?
- Je ne peux pas dire. Un bébé.
- Et toi ? Et elle ?
Je secouai la tête. Nous n'y étions pas. Je ne nous ai pas vues.

Gamines
Éditions Le Livre de Poche - 251 pages