Magali connaissait bien la victime de l’incendie : c’était Sophie, son amie d’enfance avec qui elle avait fait les 400 coups, même si depuis quelques années, les deux comparses ne se parlaient plus. Alors, quand Magali reçoit, le lendemain de la découverte du corps de Sophie, une lettre de cette dernière lui annonçant qu’elle se sentait menacée, il ne fait aucun doute pour Magali que la mort de son amie n’a rien de naturel. Ce qu’elle ne sait pas c’est que chacun des habitants de l’immeuble a une bonne raison de s’inquiéter de la mort de son amie.

Comme dans une pièce de théâtre, Françoise Laurent installe rapidement le décor et met en place tous les éléments du drame, laissant ensuite le soin aux personnages d’abattre leurs cartes une à une. Avec une écriture très rythmée, Françoise Laurent nous fait pénétrer dans les pensées de ses personnages : les phrases sont courtes, nominales, hachées et cette scansion retranscrit assez bien les réflexions désorganisées des héros de ce récit.

On se doute que chacun a un lien étroit avec ce drame et l’on guette comment l’auteure va démêler l’écheveau de son intrigue. Mais à trop vouloir forcer le destin, l’histoire devient rapidement rocambolesque et invraisemblable : si l’accumulation de coïncidences peut parfois faire sourire dans le théâtre de boulevard, elle nuit à la crédibilité d’un polar. Or ici, plus le lecteur avance dans le récit plus il trouve que le hasard fait décidément trop bien son travail, et l’on arrive à la fin du roman avec cette impression tenace que l’auteure a voulu trop en faire et qu’un peu plus de sobriété dans le scénario n’aurait pas été plus mal. Reste des personnages bien croqués, une écriture intéressante et un titre de roman qui laisse l’imagination s’envoler. Mais cela ne suffit pas à en faire un polar haletant et renversant. Dommage…

Mais si vous voulez lire des avis plus enthousiastes que le mien, je vous invite à visiter deux blogs spécialisés en polar, Bibliotheca et Action-Supense, qui ont tous deux apprécié ce roman.

Du même auteur : Dolla

Laurence

Extrait :

La mort de Sophie, elle n’arrive pas à y croire. Sophie faisait partie de sa vie ! De ses pensées ! Elle n’avait pas le droit de lui échapper ! Pour la centième fois, Magali imagine la course avec le feu, les flammèches projetées d’arbre en arbre, les bourrasques folles, l’encerclement du véhicule, la panique la panique…
Elle ferme les yeux. Ne plus se battre, ne plus bouger et attendre que le temps passe. Devant la télévision ? Mais c’est l’heure du journal et l’on reparlera de Sophie. Magali voudrait oublier. Ne jamais avoir su. Qu’est-ce qu’il lui a pris, la veille ? Qu’est-ce qu’il lui a pris de s’installer avec un plateau repas, au lieu de s’en prendre à la poussière soulevée par le vent ? Un coup de fatigue. Les clientes excitées par les soldes, la climatisation en panne… et les sirènes des pompiers sillonnant la ville, le grondement sourd des avions, le nuage qui grossissait, grossissait vers Aspremont.
Sophie habitait là-bas. Avec Xavier.


L'hiver continue au fond du magasin de Françoise Laurent - Éditions Krakoën - 232 pages