De Vango, on ne sait pas grand chose et je vous en dirai ici encore moins pour ne pas entamer le suspens.
A peine sait-on, quand l'histoire commence en 1934, qu'il devait être ordonné prêtre sur le parvis de la cathédrale Notre Dame quand le commissaire Boulard interrompt la cérémonie pour interpeller Vango. Ce dernier est accusé d'un meurtre particulièrement atroce, mais il réussit à fuir, décidé à faire la preuve de son innocence. La narration alterne alors entre les déboires de notre jeune héros, l'enquête du commissaire Boulard et les flash-back sur l'enfance insulaire de Vango. Vango a grandi loin de l'agitation du monde moderne, sur une petite île italienne proche de la Sicile, élevé par l'étrange Mademoiselle. Mais ce calme paradisiaque lui semble maintenant bien loin et il sait qu'il doit percer le mystère de ses origines s'il veut échapper à ses poursuivants.

Comme de coutume dans les romans jeunesse, l'écriture est axée essentiellement sur l'action et les rebondissements multiples : l'intrigue nous fait voyager à travers la France, l'Italie, l'Écosse, l'URSS ou l'Allemagne ;  les temps morts sont peu nombreux et chaque nouveau chapitre plonge le lecteur dans des retournements de situations inattendus. Autour de Vango gravite un certain nombre de personnages secondaires, très typés, qui l'aideront ou le freineront dans sa quête : La Taupe, Eckener, Andreï, Ethel, le Père Zefiro, Mazzetta etc… Ces derniers, quoique parfois un peu caricaturaux, permettent souvent une meilleure appréhension du contexte historique. Car l'intérêt de cette série est bien son ancrage dans cette Europe des années 30 qui voit monter le nazisme et le fascisme. Bien sûr, il ne faut pas non plus s'attendre à une étude détaillée et fouillée de ces années, et tel n'est pas l'enjeu de cette série. Mais cette période étant souvent méconnue des collégiens, contrairement à celles des deux guerres, le récit de Timothée de Fombelle permet de mêler habilement plaisir du roman d'aventures et meilleure connaissance de sa propre histoire

Malgré tout, je ressors un peu insatisfaisante de cette lecture qui s'interrompt brutalement sans qu'aucune réponse ne soit réellement apportée. Pour cela, il faudra attendre le deuxième volet et je m'interroge de plus en plus sur cette vague de romans jeunesse en plusieurs tomes. Il devient de plus en plus difficile de trouver des romans d'aventure pour la jeunesse qui se limitent à un volume. Si la lecture feuilleton a des vertus incontestables, cette systématisation récente me semble problématique car elle ferme les portes aux « petits » lecteurs qui ne désirent pas s'engager sur des lectures-fleuves. Cette dernière remarque ne remet pas en question les qualités de ce récit proprement-dit mais la non-conclusion de ce premier volet risque d'être particulièrement frustrante pour certains lecteurs.

(D'autres avis, ailleurs dans la blogosphère : Clarabel, Pauline, Lael, Cuné, Armande, Gawou, Marie, Mathieu)

Laurence

Extrait :

Aux yeux de tous, il était l'assassin du père Jean.
Il était recherché pour ce crime commis la nuit précédente, juste avant l'ordination.
Vango s'effondra à genoux devant le lit de son ami. Il prit sa main glacée pour la serrer contre son front.
Le pire. Il lui arrivait le pire. Une balle hérissée de clous tournoyait au fond de lui. Il sentait son cœur et sa peau retournés, comme les lapins ouverts au soleil de Sicile par les chasseurs de son enfance.
Mais en se relevant, un instant plus tard, il eut la certitude que les deux mots écrits par le père Jean n'étaient pas une accusation.
Ils étaient un cri d'alarme, un ordre lancés à Vango.
Fuir.

Vango
Vango de Timothée de Fombelle - Éditions Gallimard Jeunesse - 370 pages